Data changement climatique

L’adaptation au changement climatique représente aujourd’hui un enjeu structurant pour les infrastructures de transport. Le territoire alsacien se caractérise par une forte diversité géographique, entre plaine du Rhin, zones urbaines denses et massif vosgien. Le réseau routier est particulièrement exposé à une pluralité d’aléas climatiques.
La Collectivité européenne d’Alsace (CeA) exploite un réseau étendu de plus de 6 400 km de routes départementales, complété par près de 1 000 km d’itinéraires cyclables. Ce maillage dense joue un rôle clé dans la continuité territoriale et le fonctionnement économique local.
Dans un contexte d’intensification des événements climatiques, la question de la résilience de ces infrastructures devient centrale. Pour répondre à cette question, la CeA a engagé une démarche ambitieuse d’évaluation de la résilience climatique de son réseau routier, en s’appuyant sur un groupement d’experts composé d’Arcadis, IRIS Conseil et Hydroclimat. Cette collaboration permet de croiser expertises en ingénierie des infrastructures, en aménagement et en modélisation climatique.
C’est dans cette perspective que la CeA s’inscrit dans la trajectoire nationale TRACC (+4°C à horizon 2100), avec l’objectif de structurer une stratégie d’adaptation robuste, territorialisée et opérationnelle.
L’étude vise à établir un diagnostic approfondi de la vulnérabilité du réseau routier face au changement climatique, en articulant analyse scientifique et enjeux opérationnels.
Elle poursuit trois objectifs complémentaires :
L’approche repose sur la méthodologie ASAIT développée par le Cerema, intégrant à la fois les dimensions physiques, fonctionnelles et territoriales du réseau.
La première étape consiste à analyser finement le fonctionnement du réseau routier alsacien. Au-delà d’une simple cartographie, il s’agit d’identifier le rôle réel de chaque tronçon dans l’organisation des mobilités.
Cette analyse s’appuie sur plusieurs dimensions : la hiérarchisation du réseau, l’intensité des usages, l’existence d’itinéraires alternatifs ou encore l’accès à des infrastructures critiques (centres de secours, zones d’activité, territoires enclavés).
Le croisement de ces éléments permet de construire une lecture fonctionnelle du réseau et de répondre à une question clé : quelles portions du réseau sont réellement critiques pour le territoire ?
Cette phase constitue un socle essentiel pour prioriser les enjeux et éviter une approche uniforme qui masquerait les vulnérabilités structurantes.
Une fois le réseau qualifié, l’analyse se concentre sur son exposition aux aléas climatiques, en intégrant les évolutions attendues dans un climat futur à +4°C (TRACC).
Nous mobilisons ici des données climatiques et hydroclimatiques de référence afin de caractériser finement les aléas susceptibles d’impacter le réseau :
L’objectif est de quantifier l’intensité et l’évolution de ces aléas à différents horizons. Chaque tronçon se voit attribuer une note d’exposition multi-aléas, permettant de passer d’une vision climatique globale à une lecture opérationnelle des risques.
Cette phase vise à comprendre comment les infrastructures réagissent face aux aléas identifiés. Toutes les routes ne réagissent pas de la même manière : leur conception, leur état et leur environnement influencent leur niveau de vulnérabilité. L’analyse porte sur les chaussées, ouvrages d’art, systèmes d’assainissement et équipements.
Pour chaque type d’infrastructure, des scénarios d’impact sont définis. Ils permettent d’anticiper les effets possibles des aléas, qu’il s’agisse de dégradations progressives, de pertes de performance ou de ruptures plus critiques.
Cette approche permet de dépasser une vision purement climatique. Elle intègre la capacité réelle des infrastructures à encaisser les chocs climatiques.
Cette dernière étape combine l’exposition aux aléas, la sensibilité des infrastructures et la fonctionnalité des tronçons afin de produire des indicateurs de vulnérabilité globale. Ce croisement permet de construire des indicateurs de vulnérabilité à la fois physiques et fonctionnels, et surtout de hiérarchiser les risques à l’échelle du territoire.
Cette vision permet de hiérarchiser les risques, d’identifier les zones critiques et de prioriser les actions d’adaptation.
L’étude permet de construire un diagnostic opérationnel de la résilience climatique du réseau routier alsacien, directement mobilisable par les équipes techniques et les décideurs.
Elle aboutit notamment à :
Ces résultats offrent une vision claire des priorités d’intervention et permettent d’intégrer pleinement le risque climatique dans les politiques de gestion et d’investissement.
Cette étude marque une avancée majeure dans la prise en compte du changement climatique dans la gestion des infrastructures de transport en Alsace.
En structurant une approche à la fois scientifique, territorialisée et opérationnelle, elle permet de transformer des données climatiques complexes en leviers concrets d’aide à la décision.
Elle contribue ainsi à renforcer durablement la résilience du réseau routier, tout en accompagnant la Collectivité européenne d’Alsace dans la construction d’une stratégie d’adaptation cohérente, anticipée et alignée avec les trajectoires climatiques nationales.