Data changement climatique

L’adaptation au changement climatique repose sur un diagnostic robuste et partagé des risques climatiques physiques. Pour les collectivités territoriales comme pour les entreprises, il est indispensable de comprendre comment les aléas climatiques évolueront en intensité, en fréquence et en durée, selon différents horizons temporels.
En France, plusieurs méthodes d’évaluation et de notation des aléas climatiques ont été développées ces dernières années par des institutions publiques, des acteurs financiers et des bureaux d’études spécialisés. Toutefois, ces approches mobilisent des indicateurs, des seuils et des systèmes de scoring hétérogènes. Cette diversité méthodologique limite la comparabilité des résultats, complexifie leur interprétation et freine la construction d’un cadre national cohérent d’aide à la décision.
Dans le cadre du Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC 3), l’ADEME a confié au groupement Auxilia et Hydroclimat la réalisation d’une étude structurante visant à harmoniser et renforcer la transparence des méthodes d’évaluation de l’évolution future des aléas climatiques, en garantissant leur compatibilité avec la TRACC (Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique).
L’étude poursuit un double objectif scientifique et opérationnel. D’une part, elle vise à conduire une revue critique approfondie des principales méthodes nationales existantes afin d’en analyser la robustesse scientifique, la pertinence des indicateurs mobilisés, la construction des seuils de notation, ainsi que la cohérence des systèmes de scoring. Cette analyse porte notamment sur des références telles qu’OCARA (Carbone 4), la méthode de la Banque de France, Bat-ADAPT (Observatoire de l’Immobilier Durable), le Patch 4°C de Météo-France ou encore l’approche développée par la Caisse des Dépôts.
D’autre part, l’ambition est de concevoir un jeu harmonisé de scores d’évolution des aléas climatiques couvrant l’ensemble de la France métropolitaine, avec une réflexion d’extension aux territoires d’Outre-mer. Les aléas étudiés incluent notamment la sécheresse, les inondations, les vagues de chaleur, les tempêtes, le retrait-gonflement des argiles et les feux de forêt.
Ces scores doivent répondre à trois exigences majeures. Ils doivent être scientifiquement robustes, transparents dans leur construction et directement mobilisables dans les démarches territoriales d’adaptation.
La première phase du projet a consisté à poser un cadre méthodologique partagé afin de garantir la rigueur scientifique et la cohérence nationale des travaux. Cette étape est déterminante dans une étude portant sur la notation de l’évolution des aléas climatiques, car elle conditionne la comparabilité et la robustesse des résultats finaux.
Le cadrage a permis de préciser le périmètre géographique, centré sur la France métropolitaine avec une réflexion sur l’extension aux territoires d’Outre-mer, ainsi que le référentiel climatique retenu, à savoir la TRACC. Il a également défini les horizons temporels d’analyse, les principes de compatibilité avec les référentiels existants et les exigences de transparence dans la construction des scores.
Un travail approfondi a été mené pour établir des critères d’évaluation communs autour de quatre dimensions structurantes : la qualité scientifique des indicateurs climatiques, leur pertinence opérationnelle pour les utilisateurs finaux, la représentativité des aléas climatiques couverts et la compatibilité avec les cadres nationaux et européens.
Cette étape s’est appuyée sur un dialogue étroit avec le comité de pilotage et le comité scientifique afin d’assurer un alignement méthodologique dès le lancement de l’étude.
La deuxième phase constitue le cœur analytique de l’étude. Elle repose sur une revue critique approfondie des principales méthodes nationales de notation des aléas climatiques, développées par des acteurs institutionnels, financiers et techniques. L’objectif n’est pas de fusionner ces méthodes, mais d’en analyser les forces, les limites et les biais afin d’identifier des enseignements transversaux.
Cette analyse porte notamment sur la nature des indicateurs climatiques et hydroclimatiques mobilisés, leur lien physique avec l’aléa étudié, les sources de données utilisées, ainsi que les modalités de calcul et d’agrégation. Une attention particulière est accordée à la construction des seuils de notation, qu’ils soient fondés sur des approches statistiques, expertes ou hybrides, ainsi qu’à la stabilité de ces seuils dans le temps.
La prise en compte des incertitudes constitue un autre axe central de la revue critique. Les méthodes sont examinées au regard de leur capacité à intégrer la variabilité multi-modèles, la dispersion des projections climatiques et la sensibilité aux hypothèses de scénarios. Cette phase s’appuie également sur des ateliers collaboratifs. Ces ateliers réunissent les porteurs de méthodes et les institutions concernées permettent de confronter les approches et de consolider une compréhension partagée des enjeux méthodologiques, en particulier pour les aléas complexes tels que les inondations, la sécheresse des sols, le retrait-gonflement des argiles ou les feux de forêt.
Une attention particulière est accordée à la prise en compte des incertitudes climatiques, notamment la variabilité inter-modèles, la dispersion des projections et la sensibilité aux hypothèses de scénarios.
La troisième phase du projet consiste à transformer les enseignements de la revue critique en un cadre opérationnel harmonisé. Il s’agit de concevoir un jeu de scores d’évolution des aléas climatiques compatible avec la TRACC, scientifiquement robuste et directement mobilisable par les collectivités, les entreprises et les acteurs financiers.
Cette étape comprend la sélection d’indicateurs climatiques harmonisés, la définition de principes d’agrégation cohérents et la détermination de seuils transparents et justifiés. Les calculs s’appuient sur des bases de données publiques de référence et intègrent une approche multi-modèles afin de garantir la solidité des résultats. L’objectif est de produire des scores comparables dans le temps et dans l’espace, tout en conservant un niveau de lisibilité adapté aux besoins des décideurs.
Le projet aboutira à la structuration d’une base de données communale exhaustive, en accès libre, couvrant l’évolution des principaux aléas climatiques jusqu’en 2100. Ce socle commun n’a pas vocation à remplacer les méthodes existantes, mais à offrir un cadre harmonisé et interopérable permettant de renforcer la cohérence nationale des diagnostics climatiques.
En articulant rigueur scientifique, transparence méthodologique et exigence d’opérationnalité, ces trois phases structurent une démarche complète allant de l’analyse critique à la production d’outils d’aide à la décision pour l’adaptation au changement climatique.
L’étude aboutit à la définition d’un cadre méthodologique robuste et transparent pour la notation de l’évolution future des aléas climatiques en France.
Les scores produits constitueront un socle commun national compatible avec la TRACC, facilitant la comparabilité entre territoires et renforçant la cohérence des diagnostics climatiques.
Les collectivités, entreprises et acteurs financiers disposeront d’indicateurs scientifiquement validés, directement interprétables et adaptés à l’aide à la décision. Ces outils permettront de prioriser les actions d’adaptation, d’orienter les investissements et d’intégrer plus efficacement le risque climatique dans les stratégies d’aménagement, d’assurance et de financement.
Cette étude menée pour l’ADEME marque une étape structurante dans la construction d’un référentiel national harmonisé d’évaluation de l’évolution des aléas climatiques.
En assurant la compatibilité avec la TRACC et en s’ancrant dans les référentiels publics existants, le projet contribue à transformer la complexité des projections climatiques en un outil lisible, cohérent et opérationnel au service de l’aide à la décision.
Au-delà de l’harmonisation méthodologique, cette démarche renforce durablement la capacité des territoires et des organisations à anticiper les effets du changement climatique et à élaborer des stratégies d’adaptation fondées sur des indicateurs robustes, transparents et comparables.
Elle participe ainsi à la structuration d’un cadre national de référence au service de la résilience climatique.