Le futur des scénarios climatiques est déjà en train de changer.

Le monde climatique prépare déjà l’AR7 (7e rapport d’évaluation) du GIEC.
Ce rapport sera accompagné d’une évolution majeure : CMIP7. Derrière cet acronyme technique se cache pourtant quelque chose de fondamental.
Les simulations CMIP servent aujourd’hui de base à une grande partie des analyses climatiques mondiales. Elles alimentent les projections de réchauffement, les études de risques, les modèles hydrologiques, les stress tests financiers ou encore les stratégies d’adaptation territoriale.
Lorsqu’une entreprise, une collectivité ou un assureur parle du “climat futur”, il y a souvent du CMIP derrière.Mais CMIP7 n’est pas simplement une mise à jour de CMIP6. La communauté scientifique cherche désormais à corriger plusieurs limites apparues avec l’AR6 afin de produire des scénarios plus cohérents avec les trajectoires réelles du monde actuel. Et c’est probablement l’une des évolutions les plus importantes de la modélisation climatique depuis plusieurs années.
Le Coupled Model Intercomparison Project (CMIP) coordonne les modèles climatiques utilisés par les grandes institutions scientifiques internationales et par le GIEC.
Chaque génération améliore la représentation physique du climat :
- interactions océans–atmosphère plus réalistes,
- meilleure représentation de la biosphère,
- scénarios d’émissions plus cohérents,
- projections plus fines spatialement et temporellement.
CMIP5 avait servi de base à l’AR5, CMIP6 à l’AR6, et CMIP7 alimentera l’AR7.
Avec le temps, plusieurs critiques sont apparues concernant CMIP6. La plus connue concerne certains scénarios très extrêmes, notamment SSP5-8.5.
Pendant des années, ce scénario a été largement utilisé dans les recherches et les analyses de risques. Il représentait un monde marqué par :
- une croissance massive des émissions fossiles,
- un recul des politiques climatiques,
- une très forte dépendance au charbon et au pétrole.
Mais au fil des années, ce scénario est devenu de moins en moins plausible au regard des politiques énergétiques actuelles, des évolutions technologiques et des trajectoires économiques observées.
CMIP7 introduit donc un changement majeur, celui de la notion de plausibilité devient centrale.
L’objectif n’est plus uniquement d’explorer tous les futurs théoriquement possibles, mais de mieux distinguer les trajectoires réellement crédibles des scénarios relevant surtout d’exercices extrêmes de stress scientifique.
Cela ne signifie pas que les scientifiques considèrent le changement climatique comme moins grave. Au contraire. La logique évolue, elle vise à produire des scénarios plus robustes pour la prise de décision.
L’une des évolutions majeures de CMIP7 concerne la manière même de construire les simulations climatiques.
Dans CMIP6, de nombreux modèles fonctionnaient à partir de concentrations de CO₂ imposées à l’avance.
CMIP7 donne davantage de place aux simulations “emissions-driven”, directement pilotées par les émissions.
Cela change profondément les capacités des modèles.
Ils peuvent mieux représenter :
- l’absorption du carbone par les océans,
- l’affaiblissement potentiel des puits forestiers,
- les sécheresses et incendies,
- le dégel du pergélisol,
- la saturation des écosystèmes.
Autrement dit, les modèles cherchent moins à imposer un futur climatique qu’à le laisser émerger dynamiquement des interactions physiques du système Terre.
C’est probablement l’évolution scientifique la plus importante entre CMIP6 et CMIP7.
La structure des scénarios évolue également.
Les anciens SSP1-2.6 ou SSP5-8.5 laisseront progressivement place à des catégories plus lisibles : High, Medium, Low ou Very Low.
Cette simplification répond à un besoin essentiel : rendre les scénarios plus compréhensibles pour les décideurs, les collectivités et les entreprises.
Le scénario “Medium” devient particulièrement intéressant. Il correspond globalement à une continuité des politiques actuelles.
Autrement dit, CMIP7 semble considérer que le futur le plus plausible aujourd’hui n’est ni un effondrement climatique extrême, ni une transition parfaite compatible avec 1,5 °C.
Les politiques climatiques progressent, mais restent insuffisantes pour atteindre pleinement les objectifs de Paris.
CMIP7 accorde également beaucoup plus d’importance aux trajectoires de dépassement temporaire des seuils climatiques : les scénarios dits “overshoot”.
Le scénario le plus probable pourrait ressembler à un dépassement temporaire de 1,5 °C, voire 2 °C, suivi d’une stabilisation progressive grâce à la réduction des émissions et au développement des technologies de retrait du carbone.
Même temporaire, ce dépassement peut avoir des conséquences majeures sur les glaciers, les ressources en eau ou certains écosystèmes.
CMIP7 étend fortement l’horizon temporel des simulations. Certaines projections iront désormais jusqu’en 2150, voire 2500.
Pourquoi aller aussi loin ?
Parce que certains phénomènes climatiques évoluent extrêmement lentement :
- montée du niveau marin,
- inertie océanique,
- évolution des calottes glaciaires.
CMIP7 cherche ainsi à mieux répondre à une question devenue centrale :
quels changements seront réversibles… et lesquels ne le seront probablement pas ?
Ces évolutions ne concernent pas uniquement les climatologues.
Les futures analyses de risques climatiques intégreront progressivement ces nouveaux scénarios.
Cela pourrait modifier :
- certains stress tests,
- les hypothèses d’adaptation,
- les projections régionales,
- les stratégies d’investissement.
Les secteurs liés à l’eau, à l’assurance, à l’énergie, à l’agriculture ou aux infrastructures seront particulièrement concernés.
Dans le domaine de l’adaptation, cette évolution est majeure.
Les acteurs auront besoin de scénarios moins “spectaculaires”, mais beaucoup plus exploitables opérationnellement.
CMIP7 marque une forme de maturité dans la modélisation climatique.
Pendant longtemps, l’objectif principal était de cartographier tous les futurs possibles.
Aujourd’hui, l’enjeu évolue :
- mieux hiérarchiser les futurs plausibles,
- mieux représenter les rétroactions physiques du système Terre,
- produire des scénarios réellement utiles pour la décision.
On passe progressivement d’une logique de “futurs possibles” à une logique de “futurs crédibles”.
Et c’est probablement ce qui rend CMIP7 si important pour les années à venir.
Source :
“The Scenario Model Intercomparison Project for CMIP7 (ScenarioMIP-CMIP7)” — Geoscientific Model Development, 2026

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