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23 avril 2026

La submersion marine, un risque encore sous-estimé pour les assureurs à horizon 2050

Près d’1 événement d’inondation sur 3 en France a une composante côtière. Et pourtant, le risque de submersion marine reste encore largement sous-intégré dans les modèles.

La submersion marine, un risque encore sous-estimé pour les assureurs à horizon 2050

Un aléa majeur, déjà bien documenté

La submersion marine constitue un aléa hydrométéorologique majeur, dont l’importance est souvent sous-estimée dans l’analyse des risques climatiques.


Selon la base HANZE (Paprotny, 2024), près d’un tiers des événements d’inondation observés en France entre 1950 et 2020 présentent une composante côtière. Ces événements peuvent générer des impacts économiques significatifs, comme l’illustrent la tempête Xynthia (2010), avec environ 660 M€ de pertes assurées et la tempête d’octobre 1987, avec près de 1,5 Md€. Toutes deux assurées par le régime CAT NAT selon la CCR - Caisse Centrale de Réassurance.


Ces éléments confirment que le risque de submersion marine est déjà structurant pour le secteur assurantiel.


Dans un contexte de changement climatique, la question centrale devient alors : comment ce risque va-t-il évoluer à horizon 2050 ?


Un enjeu stratégique pour l’assurance

Le changement climatique est susceptible d’affecter significativement les engagements des assureurs, via une augmentation des sinistres liés aux aléas météorologiques, qu’ils soient extrêmes ou plus récurrents (inondations).


Cette évolution s’inscrit dans une double dynamique :

  • une intensification et une modification des aléas climatiques
  • une augmentation des expositions, liée notamment à l’urbanisation et à la concentration des enjeux sur les zones littorales

Dans ce contexte, les modèles de risque historiquement basés sur les observations passées montrent leurs limites. Ils ne permettent pas toujours de capturer l’évolution future des aléas ni leurs impacts sur les portefeuilles assurantiels.


C’est précisément pour répondre à cet enjeu que le Groupe Covéa , en collaboration avec Hydroclimat, a conduit une étude visant à projeter l’évolution du risque de submersion marine en France à l’horizon 2050.


Présentée à l’EGU 2026 par Morgane Terrier , Adrien Lambert , Magali Troin et Benjamin POUDRET , cette étude s’inscrit dans une démarche plus large d’intégration des projections climatiques dans l’analyse du risque assurantiel.


L’objectif est double :

  • mieux anticiper l’évolution des pertes futures, en lien avec les transformations du climat
  • fournir des éléments d’aide à la décision pour adapter les stratégies de gestion de portefeuille et de tarification

Il ne s’agit plus seulement de décrire le risque tel qu’il a été observé, mais de le projeter dans un climat en évolution, en tenant compte des incertitudes associées. Cette approche marque une évolution importante pour le secteur : le passage d’une logique rétrospective à une logique prospective et intégrée du risque climatique.


Croiser climat, modélisation physique et données assurantielles

L’approche développée repose sur une chaîne méthodologique intégrée, permettant de relier de manière cohérente les évolutions climatiques aux impacts assurantiels.


Dans un premier temps, des projections climatiques issues de CMIP6 sont mobilisées afin de caractériser l’évolution des conditions météorologiques et marines à horizon 2050. Ces projections permettent notamment d’appréhender les changements potentiels en termes de niveaux marins, de tempêtes et de conditions de surcote.


Ces informations alimentent ensuite une modélisation hydro-géomorphologique, visant à simuler l’extension spatiale des submersions marines. Cette étape est essentielle pour traduire les signaux climatiques en emprises d’inondation concrètes, tout en intégrant les spécificités locales du littoral (topographie, morphologie) ainsi que les ouvrages de protection existants.


Dans un troisième temps, ces cartes d’aléa sont croisées avec une base nationale de bâtiments résidentiels fournie par Covéa. Ce croisement permet de passer d’une vision purement physique du phénomène à une analyse orientée risque, en quantifiant :


  • l’exposition des actifs, c’est-à-dire le nombre et la localisation des bâtiments concernés
  • leur vulnérabilité, en fonction de leurs caractéristiques
  • les pertes assurées potentielles, en lien avec les dommages attendus

Cette approche permet ainsi de transformer un signal climatique en une évaluation opérationnelle du risque financier.


Elle constitue un point clé pour le secteur assurantiel, en permettant de relier directement les projections climatiques aux impacts sur les portefeuilles, et donc d’alimenter les décisions en matière de gestion des risques, de tarification et de stratégie d’adaptation.


Plus largement, ce type de chaîne intégrée illustre une évolution des pratiques : on ne se limite plus à analyser les aléas, mais on cherche à quantifier leurs conséquences économiques de manière cohérente et exploitable.


Ce que révèlent les projections à horizon 2050

Les résultats mettent en évidence une tendance nette : une augmentation du nombre de bâtiments exposés aux submersions marines, accompagnée d’une hausse des pertes assurées potentielles. Cette évolution s’explique à la fois par les changements des conditions climatiques (élévation du niveau marin, évolution des tempêtes) et par la concentration croissante des enjeux en zone littorale. Mais au-delà de cette augmentation globale, c’est surtout la structure du risque qui évolue.

  • Certaines zones aujourd’hui peu exposées pourraient le devenir, en raison de l’extension des emprises d’inondation
  • La fréquence des événements pourrait augmenter, venant s’ajouter aux événements extrêmes déjà connus
  • Les zones déjà exposées pourraient connaître une intensification des impacts, avec des dommages plus importants pour un même type d’événement

Le risque ne se contente donc pas d’augmenter : il se transforme spatialement et temporellement. Cette évolution a des implications directes pour le secteur de l’assurance. Elle nécessite :

  • une adaptation des modèles de risque, pour intégrer des dynamiques climatiques évolutives
  • une réévaluation des niveaux d’exposition à l’échelle des portefeuilles
  • une évolution des stratégies de souscription et de tarification, afin de mieux anticiper les risques futurs

Plus largement, ces résultats soulignent la nécessité de passer d’une approche statique du risque, fondée sur le passé, à une approche prospective et dynamique, intégrant les transformations en cours du système climatique.


Vers une intégration fine du risque climatique dans la décision

Ce travail illustre une évolution de fond dans la manière d’aborder les risques climatiques. On passe progressivement d’une analyse climatique “générale”, souvent descriptive, à une quantification fine des impacts, directement exploitable par les acteurs économiques. L’enjeu n’est plus seulement de caractériser les aléas, mais de traduire leurs effets en risques concrets : exposition des actifs, pertes potentielles, vulnérabilités territoriales. Pour le secteur de l’assurance, cette évolution est structurante. Il ne s’agit plus uniquement de comprendre les dynamiques climatiques, mais d’anticiper leurs conséquences sur :

  • les actifs assurés
  • les portefeuilles
  • les équilibres économiques à moyen et long terme

Ce type d’approche intégrée, combinant projections climatiques, modélisation physique et données métier, devient indispensable pour piloter les risques dans un contexte incertain. Elle permet notamment de :

  • mieux anticiper les évolutions futures du risque
  • éclairer les décisions de souscription, tarification et gestion de portefeuille
  • renforcer la résilience face aux aléas climatiques

Plus largement, elle marque un changement de paradigme : le risque climatique n’est plus une variable exogène mal contrainte, mais un paramètre structurant de la décision. Le risque côtier en est une illustration claire. Ce n’est pas un risque futur, c’est un risque déjà présent, dont l’intensité, la fréquence et la distribution vont continuer à évoluer.


L’enjeu est désormais de l’intégrer pleinement dans les outils et les stratégies.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la submersion marine ?

La submersion marine est une inondation temporaire des zones côtières provoquée par la mer. Elle peut résulter d’une combinaison de facteurs tels que les tempêtes, les surcotes, les fortes vagues et l’élévation du niveau marin. En France, ce risque concerne de nombreux territoires littoraux et peut engendrer des dommages importants aux habitations, infrastructures et activités économiques.

Comment le changement climatique influence-t-il le risque de submersion marine ?

Le changement climatique contribue à l’élévation du niveau moyen de la mer et peut modifier l’intensité de certains événements côtiers extrêmes. Ces évolutions augmentent progressivement le nombre de bâtiments exposés aux inondations marines ainsi que les pertes économiques potentielles. Les projections climatiques permettent d’anticiper ces changements et d’évaluer l’évolution du risque à l’horizon 2050 et au-delà.

Pourquoi les assureurs utilisent-ils des projections climatiques pour évaluer le risque côtier ?

Les données historiques ne suffisent plus à représenter les risques futurs dans un climat en évolution. Les assureurs intègrent désormais des projections climatiques, des modèles de submersion marine et des données d’exposition afin d'estimer les pertes futures, adapter leurs stratégies de souscription et améliorer la gestion des risques climatiques. Cette approche permet une évaluation plus réaliste des risques côtiers à long terme.